J’ai longtemps été une maman très aimante et très exigeante. Je voulais bien faire : la maison, les repas, les activités, les enfants bien coiffés… et je mettais la barre tout aussi haut pour eux que pour moi.
Ma fille aînée était plutôt calme. Ma deuxième, elle, avait un tempérament intense, explosif, plein de vie. Je l’appelle aujourd’hui mon petit bonbon acidulé. Mais à l’époque, j’avais du mal à voir tout ce qu’il y avait de beau derrière ce tempérament. Chez nous, il y avait beaucoup de reproches, des mots blessants, des moments dont je ne suis pas fière.
Je remplissais des carnets en écrivant que je n’en pouvais plus, que les week-ends étaient horribles. Ce que je voulais, au fond, c’était qu’elle change pour que la vie soit plus facile pour nous. Je suis même allée consulter pour qu’on m’aide à comprendre ce qui n’allait pas chez elle. Une psychologue m’a dit : « Votre fille va très bien. » Sur le moment, je me suis sentie encore plus démunie.
Il m’a fallu du temps pour comprendre ce que son comportement réveillait en moi. Dans les familles où nous avions grandi, un enfant qui prenait autant de place, faisait du bruit et ne « pliait » pas, c’était difficilement acceptable. Sa façon d’être appuyait sur un de mes gros boutons rouges : la peur de me faire bouffer par mon enfant.
Le changement n’est pas arrivé en un week-end. J’ai lu, échangé, ralenti, remis en question nos façons de faire et partagé ce chemin avec mon conjoint. Nous n’avons pas toujours avancé au même rythme. Mais peu à peu, j’ai cessé de chercher comment la faire changer, elle. J’ai commencé à la regarder autrement et à comprendre mes propres réactions.
Aujourd’hui, je trouve beau ce qui se passe dans notre famille et je peux dire que je suis fière de la Maman que je suis devenue. Il m’arrive encore de m’énerver. La différence, c’est que je comprends mieux ce qui se joue, je sais revenir vers mes enfants et réparer. Je ne passe plus mes sorties running à ruminer les mots (ou les gestes) que j’ai eus pour mes enfants en me disant que je suis une mauvaise mère.
Je sais à quel point une prise de conscience vécue profondément peut changer la suite. C’est ce que j’ai envie de te faire vivre pendant ces deux jours.